vendredi 5 juin 2009

Campagne présidentiel

A mon grand étonnement, l'élection à la présidentiel en Iran suscite un certain intérêt chez la jeunesse de Téhéran. Depuis l'ouverture de la campagne, des centaines de personnes se retrouvent tous les soirs sur la place de « Tajrish » et le long de la « Vali-Ars Street » au nord de la ville. La plupart scande le nom de Mir Hossein Moussavi, le candidat modéré soutenu par l'ancien président réformiste M. Khatami.



J'avais cru initialement que cette élection dont les protagonistes ne brillaient pas par leur diversité, allait conforter le sentiment d'indifférence, voire de rejet de la classe politique local,... c'était sans compter la très forte impopularité de Mahmoud Ahmadinedjad auprès de la jeunesse Téhérannaise.

Le retour aux « valeurs morales de la révolution islamique » prônait par son gouvernement depuis 4 ans y est clairement pour quelque chose : la multiplication des contrôles en tout genre (notamment vestimentaire), ou de surveillance des universités ont laissé un goût amer aux plus jeunes.

On verra ce qui ressortira de la présidentiel le 12 juin, mais même si le résultat n'est pas celui qu'elle souhaite, cela rassure d'ores et déjà sur la volonté de la nouvelle génération de faire bouger les choses.

Good luck !!

lundi 1 juin 2009

Iran v2.0

L’élection d’Obama aux Etats-Unis n’est pas passée inaperçue en Iran (comme partout ailleurs dans le monde), et même si il est totalement inimaginable qu’un des candidats à la présidentiel en Iran se réclame de lui, son dispositif de campagne, lui a tenté d’être copié ici.

Pour gagner en diffusion, Obama avait en effet misé une partie de sa campagne sur Internet : il avait sa page sur « Facebook » ou « Twitter », ses clips sur « Youtube », son blog,…. et une partie des débats se sont faits sur des forums de discussions.

Sauf qu’au niveau technologie de l’information, l’Iran, ce n’est pas les Etat-Unis,….mais alors vraiment pas !!

Un des candidats a bien essayé de faire sa pub sur « Facebook » avant de voir ses efforts réduit à néant à cause de l’interdiction soudaine du site en Iran. Bref,…pas facile de créer un espace virtuel dans un pays qui censure Internet à profusément.

On m’avait dit, avant mon arrivée, que la très stricte république islamique d’Iran restreignait l’accès aux sites d’opposants aux régimes ou aux sites aux mœurs très légères, ça ne m’avait pas plus inquiété que cela.
Malheureusement mes premiers pas dans le net iranien m’ont cependant très vite révélés une toute autre dimension du problème. Très vite je me suis confronté à ce genre de fenêtre :

Certains sites communautaires (« Facebook », « Youtube »,…), des sites d’information ("BBC/Persia",...), des forums (« Doctissimo », ….), des blogs,…. sont régulièrement filtrés. L’appareil d’état essaie de maitriser Internet comme il le fait sur la télévision, la radio ou la presse écrite,…en vain.

Le geek iranien (dont je fais un peu parti maintenant) est plutôt créatif : il arrive assez facilement à contourner les obstacles ; et l’information continue de passer d’une manière ou d’une autre.

samedi 30 mai 2009

Pique-nique

L’une des principales distractions le week-end en Iran est sans contestation possible le sacro-saint pique-nique.

Tous les vendredi matin, la grande transhumance des citadins commence vers les montagnes ou les campagnes environnantes, et, peu à peu, les endroits les plus propices se couvrent de tentes et de Zilous (large tapis de plastique pour recouvrir le sol).

Le pique-nique, ici, est beaucoup plus qu’une simple occasion de prendre l’air, c’est aussi le moyen pour les Iraniens de discuter, d’écouter de la musique, de danser aussi quelquefois débarrassés de toute pression.

Je ne peux bien sur qu’adhérer à ce rituel, mais techniquement j’ai vraiment du mal à saisir pourquoi certains d’entre eux choisissent les lieux les plus improbables pour leur pique-nique (et ce n’est clairement pas pour échapper à la surveillance des « Pasdarans »).

Tout y passe : le bas-côté poussiéreux d’une route, l’asphalte brulant d’un parking, et même le milieu d’un échangeur d’autoroute (vous savez.. le no man’s land coincé par les voies d’accès).


And the winner is….

Une fois n’est pas coutume, je vais faire dans l’actualité. Comme vous le savez sans doute les Iraniens vont choisir un nouveau président le 12 juin de cette année. Ce président aura le destin de la nation entre les mains pour les 4 prochaines années,…enfin,…. pas que dans ses propres mains.

C’est que le pouvoir, ici, est dissolu dans les multiples sphères politiques, militaires et religieuses du pays. Le président de la république islamique d’Iran n’a, par exemple, pas ou peu de pouvoir sur la défense ou sur le système judiciaire, ces 2 pans du système sont des prérogatives du « Guide Suprême de la Révolution », l’Ayatollah Khamenei.

Mais revenons à nos candidats,…

Peu de chance d’avoir un candidat farfelu (encore que Mahmoud,…), un « Conseil de Gardiens » (instance religieuse nommée par le Guide Suprême) valide chaque dossier, et supprime les cas les plus douteux (joueur de foot, idiot du village ou,… encore plus déraisonnable : les femmes ou les réformateurs,…). Bref sur 450 dossiers, seuls 4 ont été retenus.
Ils avaient été beaucoup plus nombreux 4 ans auparavant, ce qui avait fortement éparpillé les votes et conduit à l’élection surprise de Mahmoud Ahmadinedjad (peut-être une raison du nombre limité de candidat cette année).

Les prétendants sont donc :
  • Un religieux réformateur (mais pas trop), Mehdi Karroubi,
  • Un conservateur modéré, Mir Hossein Moussavi (sans doute le principal adversaire d’Ahmadinedjad),
  • Un ultraconservateur, Mohsen Rezaie (ancien chez des « Pasdaran », la police religieuse,…tout un programme)
  • Un conservateur fondamentaliste, Mahmoud Ahmadinedjad, himself, qui brigue un second mandat.
Bref, vous le voyez, un panel des plus larges,….

Allez, je vais jouer un peu aux apprentis pronostiqueurs : qui sera le prochain président de la république islamique d’Iran ?

Bein, unfortunatly , je pense que ça sera ….encore Mahmoud !!!

Bien qu’il soit honni dans les sphères intellectuelles de Téhéran, il est extrêmement magnifié dans les campagnes iraniennes grâce à sa politique hyper populiste. Mine de rien, en 4 ans, il a réussi à dilapider tous l’argent du pétrole dans ses subventions directes aux petits paysans,... peu importe si le pays est maintenant à cours de liquidité, et que l’inflation y est l’une des plus importantes au monde. Grâce à cette politique, il a autour de 50% d’intention de vote au premier tour d’après les sondages (mais je doute un peu de la véracité des sondages iraniens).

En plus le « Guide Suprême » le soutient presque officiellement, alors…..le prêche est dit (si j’ose m’exprimer ainsi).


samedi 9 mai 2009

Happy Nowrouz


Le nouvel an iranien est fêté le premier jour du printemps, c’est un héritage du calendrier Zoroastrien que l’arrivée de l’Islam n’a pas bouleversée. La célébration se déroule sur plusieurs jours, et suit un rituel bien établis… et un peu complexe aussi (cf lien Wikipédia).

Cette période est sans doute le meilleur moment de l’année pour les Iraniens : c’est l’une des rares occasions de sortir dans les rues pour un évènement vraiment festif,… bref l’ambiance y est beaucoup plus légère qu’à l’accoutumée.
Pour faire simple, « Nowrouz » c’est un peu le « nouvel an », le « 14 juillet » et les « grandes vacances d’août » de chez nous réunis en même temps. Les vendeurs des carrefours troquent leurs babioles habituelles par des pétards qui seront abusivement utilisés la veille, les devantures de magasins s’ornent de décorations traditionnelles (bougies, œufs peints, germes de blé,…), et beaucoup de monde profite des 2 semaines de vacances données dans les grandes administrations pour aller voir leur famille en province. Même la mairie de Téhéran tente de décorer un peu la ville pour l’occasion.

L’une des traditions les plus surprenantes est l’apparition quelques jours avant le nouvel an d’individus tout de rouge vêtus et avec visage grimé de noir. On les appelle les « Haji Pirûz », ils symbolisent la fin et la renaissance de l’année. Ces personnages déambulent dans les rues en dansant et en chatant la bonne année, tambourins à la main. Beaucoup de passant leur donnent un ou 2 billets en échange de leurs bons vœux.

Pour moi, « Nowrouz », c’est aussi beau bordel à l’aéroport quand tout le monde rentre à Téhéran en même temps. La police religieuse y est complètement dépassée à cause de l’affluence, et finit par laisser passer les bagages sans vérification...bref une bonne période pour passer outre la censure.

lundi 27 avril 2009

Parce que je le vaux bien

En Iran, la tenue islamique est de rigueur pour les femmes (même les étrangères), et les « Pasdaran » (gardiens de la révolution) sont là pour vérifier au bon respect de cette règle. Cependant, si vous imaginez que les iraniennes sont toutes voilées de la tête au pied, vous vous trompez lourdement.
C’est qu’au fil des années, elles ont su faire preuve d’une imagination sans limite pour rester féminine.
Ainsi les couleurs gaies ont remplacées peu à peu le noir ; le foulard, en glissant centimètre par centimètre, ne recouvre quelquefois plus que le chignon sur lequel il repose, et la tunique (pour cacher l’arrière) est devenue bien trop cintrée pour cacher quoique ce soit.

….et, là je ne parle pas du maquillage (quelque fois un peu extrême à mon goût).

Bref, même après un an ici, je suis encore tout étonné de voir autant de « laisser-aller », notamment dans les rues huppées de Téhéran,…. enfin un attrait à cette ville !!

Pour aller encore plus loin, l’une des dernières modes est de passer entre les mains des chirurgiens esthétiques, principalement pour refaire le nez (pour une raison que j’ignore, elles complexent dessus).
On voit ainsi de plus en plus des jeunes filles (quelques hommes aussi) arborant fièrement leur nouvel appendice nasal. Certaines font même dans l’ostentatoire : plus c’est voyant, mieux c’est !!…malheureusement !

C’est qu’un nez refait est aussi devenu un signe de statut social : il y a celles qui ont pu le faire (mine de rien, c’est que ce n’est pas gratuit tout ça), et celles qui ne le pourront jamais.

Bon, pour finir,… ces dernières ont trouvé la parade : elles portent pendant quelques jours un bout de sparadrap sur le nez (histoire de dire que elles aussi, elles l’ont fait), puis, devant le manque d‘enthousiasme de leurs copines en découvrant ce nouveau nez, expliquent que la modification n’a été que très légère.

Revue de presse

Depuis quelques semaines, je m’efforce de lire la presse officielle iranienne (celle en anglais), histoire de connaître l’actualité du pays dans lequel je vis.
Après chaque séance, je me dis que, vraiment j’ai de la chance d’habiter dans un pays si merveilleux où tout marche parfaitement alors qu’en France, il y a « des fréquentes batailles de rues à mesure que la qualité de vie se dégrade chaque année » (ça c’était pour la France hier, et je vous raconte pas ce qu’ont pris Israël ou les Etats-Unis).

Enfin bon,… ce n’est pas là ou je voulais en venir.

Hier, je suis tombé sur un article dans la rubrique « Société » sur le stress. Je vous le livre tel quel :


http://www.iran-daily.com/1387/3358/html/society.htm

Brièvement en français, ça donne : « les gens qui croient en dieu sont moins sensibles au stress et à l’anxiété. D’après une étude publiée dans une revue psychologique, il y a une différence significative entre le cerveau d’un croyant et celui d’un non croyant ». L’article conclut finalement que les croyants « sont moins stressés quand ils font des erreurs ».

Tout ça m’a laissé perplexe, et je me suis posé toute la nuit plein de questions métaphysiques :
  • Etait ce bien nécessaire d’aller ouvrir des cerveaux rien que pour ça ?
  • Les chercheurs n’ont-ils vraiment que ça à faire (alors que le problème beaucoup plus important de la repousse des cheveux n’est toujours pas résolu) ?
  • Si on avait aussi analysé le cerveau d’un buveur de bières récurrent, celui-ci aurait-il présenté les mêmes symptômes sur l’insensibilité au stress,
Et le plus important :
  • Si les croyants sont moins stressés quand ils font n’importe quoi, cela explique t’il pourquoi les Mollah n’ont aucun remord quant à leur façon de diriger ce pays ?