lundi 13 avril 2009

Bonne Année...iranienne


Le 21 mars dernier, nous sommes entrés ici dans l’année 1387, et, croyant naïvement que la date du nouvel an était la même pour tous les musulmans du monde, je m’apprêtais donc à souhaiter la bonne année à tous les personnes de confession musulmane que je connais en Iran et ailleurs.

Sauf que,….dans la majorité des autres pays musulmans, on n’est pas en 1387 (mais en 1429), et qu’en plus, ce n’est pas du tout le nouvel an. Bref, j’aurais pu encore passer pour un abruti…

Les Iraniens, ne faisant jamais rien comme les autres, ont donc développé leur propre système calendaire basé sur le cycle solaire (lunaire pour l’«autre » calendrier musulman), et, querelle de « minarets » entre Sunnites et Chiites oblige, une autre référence (l’année « 0 » du calendrier).

A part ça, le gros des festivités consiste, les quelques jours avant le nouvel an, à jeter des pétards par ci par là, et à allumer des feux un peu partout dans les rues (la tradition veut que l’on saute au dessus du feu pour « se purifier »).

Le jour même, un repas est pris en famille avec des cadeaux imposés : des œufs, un poison rouge, …bon je n’ai pas bien compris pourquoi le poison rouge, mais tout ça est symbolique.

Ensuite, bah…j’aurais du mal à vous en dire plus puisque j’en ai profité pour rentrer en France ou mon alimentation exclusivement à base de fromage m’a fait reprendre les 3 kilos que j’avais perdus ici.

Big Brother


Après 6 mois de démarches administratives en tout genre, et par la même occasion, avoir remplis une bonne partie de mon passeport avec des visas touristes, j’ai enfin le sésame qui fait de moi un résident en Iran à part entière….le « Resident Permit » !

J’ai rejoint le club très fermé des étrangers vivant officiellement en Iran : environ 3000 (pour info, il y a plus de 200 000 Français en Angleterre, … et en comparaison, 300 présents en Iran.)

Et comme chacun d’entre eux, je vais être choyé (pour ne pas dire autre chose) par l’administration Iranienne. L’une des premières mise en garde qu’on m’a effectivement fait en arrivant ici, est de ne pas faire de vague : on ne sait pas comment mais tout est à priori su et pourrait ressortir à bon moment (enfin pas forcément pour vous)…bonjour la parano !!

Voici une petite anecdote (bien que je ne sais pas si c’est une légende qu’on raconte aux nouveaux venus pour les impressionner) : on m’a remonté qu’il y a quelques années un Français parlait avec sa famille aux téléphones et comme ils étaient d’origine Espagnol, ils alternaient assez souvent entre le Français et l’Espagnol. Jusque là pas de problème, mais tout à coup une petite voix avec un fort accent Iranien lui demande de parler définitivement en Français parce qu’il ne comprend rien.

Depuis j’écoute tous les petits bruits aux téléphones, et je peux vous dire qu’il y en a !

Rassurez-vous, il n’y a pas que l’administration Iranienne pour s’intéresse à vous : il parait que tous les expatriés Français en Iran sont fichés par les Renseignements Généraux en France.

En résumé, si vous voulez découvrir l’ambiance « Berlin Est » en pleine guerre froide, venez habiter en Iran, vous ne serez pas déçu (en plus Téhéran, c’est moche comme une ville du bloc communiste).

Sur ceux, à la prochaine ! J’ai garé mon Aston Martin en double file, et je n’ai pas envie de me prendre une prune…

Anecdote


Puisqu’on parle de la vie nocturne, voici une petite anecdote :

Comme la police religieuse voit d’un mauvais œil les tentatives de drague en pleine rue (il est théoriquement interdit à une femme de parler ou de se promener avec un homme qui ne fait pas partie du cercle familial), les Téhérannais ont développés toute une batterie de stratagèmes pour échapper à leur surveillance.

L’un d’eux consiste à préparer une multitude de petits papiers avec son numéro de téléphone, de prendre la voiture puis de tourner sur certains grands boulevards jusqu’au bout de la nuit. Le cas échéant, le petit papier volera de voiture en voiture après un regard bien appuyé entre leur(s) occupant(s).

…et voilà comment débute une relation….

Bon, ça n’est pas sans causer certains effets collatéraux :
- la circulation devient quasi impossible le soir sur les « dits » boulevards,
- les petits accidents à répétition (bah oui, pas facile de viser tout en conduisant),
- les gros malentendus (un coup de vent et hop, ça tombe dans la voiture d’à coté)

Pour les plus pauvres, il existe aussi la variante à pied dans les parcs …mais c’est plus dangereux (vis-à-vis de la police).


Téhéran


Quelques mots sur Téhéran : c’est une mégalopole de 14 millions d’habitants bâtie au pied d’une chaîne de montagnes (l’altitude de la ville tourne autour de 1500 mètres), et …. elle est particulièrement laide (bien sur ce n’est que mon avis personnel)

Quoiqu'il en soit, même si j’ai souvent la critique facile, je peux vous assurer que Téhéran est bien moche (en plus d’être polluée, poussiéreuse et triste). J’ai vraiment du mal à lui trouver un quelconque charme : pas de centre historique digne d’intérêt, des barres de béton à perte de vue, des autoroutes en plein centre,… et pas la peine de compter sur sa vie nocturne pour rattraper le reste !

Et oui,.. ce n’est plus mon cas mais pas évident d’avoir 20 ans ici: pas de bars, peu de cinés, restos infectes, et c’est sans compter la police religieuse qui veille aux « bonnes mœurs »… bref tout pousse à rester chez soi.

Bon, il y a quand même un point positif : c’est difficile de s’y perdre, il suffit de lever le bout de son nez pour trouver les montagnes (donc le nord).
Pour les curieux, voici LE monument de Téhéran : la tour Azadi, construit en 1971 pour commémorer les 2500 ans de l’empire Perse.


Téhéran en possédera bientôt un nouveau : la « Milad Tower », sorte de grosse boule perchée à 300 mètres (et dont tout le monde se demande ce qu’elle va donner au prochain tremblement de terre). Le haut de l’antenne dépasse les 400 mètres.

Quel temps fait-il ?

Pour répondre à cette sempiternelle question que me pose ma mère lorsque je l’ai au bout du fil (avec aussi le « comment ça va le boulot ? »), voici un petit descriptif de la météo à Téhéran en ce moment.

Donc si vous pensez « Ah, il a de la chance, il doit se prélasser au bord d’une piscine en sirotant un cocktail, alors que nous ici on se les gèle » et bein ……. Carrément pas !!!

Le thermomètre affiche péniblement des valeurs supérieures à 0°C depuis fin décembre…et encore je ne vous parle pas des pointes la nuit à -15°C / -20°C au nord de Téhéran.

Autant vous dire que je ne m’attendais pas à ces conditions si extrêmes ; ma garde robe non plus d’ailleurs…. Bah oui, moi aussi, je pensais siroter mon cocktail tranquillement au soleil !

…Et pas de traitement de faveur pour ma première année ici : j’ai droit directement au pire hiver en Iran depuis 30 ans !!
La note optimiste pour les prochains, c’est que les Iraniens, eux non plus, ne s’attendaient à ce genre de conditions : Les neiges tombées en abondance ont un peu désorganisé le pays (aéroport, usines et écoles fermés), et comme tout le monde s’est mis à chauffer chez eux comme des malades : coupures d’électricité à répétition et restrictions de gaz …un comble pour le pays qui possède l’une des plus grosses réserves de gaz au monde…

En revanche, même si les prochains hivers seront moins rudes (enfin j’espère), oubliez la piscine… la présence de pistes de ski à moins de 30 min de Téhéran aurait du me mettre la puce à l’oreille sur le temps qu’il fait habituellement ici en cette période. Vous vous souvenez de mon excursion au Tochal (cf qq articles plus bas), et bien voila ce que ça donne en ce moment (en dessous du gros nuage, il y a Téhéran) :

Deuil de l'Achoura


Samedi dernier a eu lieu la commémoration de l’Achoura. Ce jour a une grande importance dans la religion Chiite : il correspond à la défaite des partisans du petit-fils du prophète face au calife Yazid en l’an 680 (source AFP). Pour résumer très brièvement (et sans doute maladroitement), cela correspond plus ou moins à la séparation entre Sunnites et Chiites.

C’était l’effervescence dans les rues de Téhéran : toutes les vitrines se sont ornées de drapeaux noirs ou verts, les plus riches ont offerts de quoi manger aux plus pauvres et ont quelquefois partagé un mouton (je vous éviterai les photos de « sacrifice » en pleine rue).

Ce jour est surtout connu en Europe pour les processions ou l’on voit les hommes se fouetter jusqu’à sang. D’après ce qu’on m’a raconté, TF1 a même passé des images de personnes se flagellant avec des sabres à Kerbala (c’est en Irak). Je ne connais pas le discours qui accompagnait le reportage mais attention aux amalgames : seulement une infime minorité agit de la sorte. C’est comme si on passait les diatribes de feu Mgr Lefevre pour le discours officiel des Catholiques de France….

Quoiqu’il en soit, il y a eu effectivement des processions, ils se sont effectivement frappés dessus au rythme des tambours mais tout ça est resté très symbolique. C’est certes impressionnant pour nos yeux d’Européens, peu habitués à ce genre de démonstration, mais, d’après ce que j’en ai vu, il n’y a pas d’excès. De plus, il parait que tout cela est régi en Iran par une loi, ce qui évite les débordements…

Sinon, que dire de plus,….bah, comme c’est un jour de recueillement, le noir était de rigueur et l’ambiance plutôt lourde, bref, pas moment d’aller raconter des blagues…..

Par contre, les étrangers ne sont pas rejetés, on a même été invité à prendre un verre dans la rue…

Perso, étant complètement imperméable à toute pratique religieuse, autant de ferveur m’a mis quand même un peu mal à l’aise…mais bon, j’avais eu aussi ce sentiment quand j’avais visité Lourdes (on m’avait forcé).

samedi 11 avril 2009

Ispahan ou "la moitié du monde"


Profitant d’un des multiples
jours fériés du calendrier Iranien, me voici donc début novembre à Ispahan, 3ème ville du pays.

La citée est considérée
comme la plus belle d’Iran par les Iraniens eux même, ….certains vous diront même la plus belle au monde (Ahhh, l’Orgueil…. quand tu nous tiens). La ville est surtout connue pour son immense place centrale, la plus vaste au monde après Tien’an men à Pékin (l’information est réelle cette fois-ci, elle vient du Lonely Planet ). La perspective y est magnifique. Les bâtiments qui la bordent, tout en voutes et en arcades, abritent des ateliers d’artisanat local (tapis, faïence, travail du cuivre,…) …pas toujours très authentiques, mais bon, c’est quand même bien mieux qu’une devanture de Mac Do.
4 grands monuments
entourent le site :
  • La grande mosquée du Vendredi au sud,
  • La mosquée de femme à l’est,
  • Le palais d'Ali Qapu à l'ouest,
  • La porte principale du Bazar au nord (complètement peinte et qui illustre en scène de bataille entre Perses et Afghans).


Ispahan regorge d’autres sites historiques parsemés un peu partout dans la ville.
Les plus importants sont le bazar, la mosquée de l’Imam au nord du Bazar, les 3 ponts enjambant le Zayandeh (un des rares fleuves qui disparaît ensuite dans un desert)…. et que dire du charme surannée de l’hôtel Abbasi.


L’autre point vraiment agréable de cette ville, est l’ambiance un peu nonchalante que l’on trouve là-bas : même les vendeurs laissent les touristes déambuler dans le bazar sans trop les importuner (à part les vendeurs de tapis, mais là, c’est dans leurs gènes).
Quoiqu’il en soit, mes quelques jours n’ont pas suffit pour tout découvrir. Ispahan mérite vraiment le détour et elle est une étape des plus plaisantes (notamment pour échapper au stress de Téhéran).

Pour une fois, les Iraniens n’ont pas exagérés : pas de doute, il doit vraiment s’agir de la belle cité d’Iran.