lundi 27 avril 2009

Parce que je le vaux bien

En Iran, la tenue islamique est de rigueur pour les femmes (même les étrangères), et les « Pasdaran » (gardiens de la révolution) sont là pour vérifier au bon respect de cette règle. Cependant, si vous imaginez que les iraniennes sont toutes voilées de la tête au pied, vous vous trompez lourdement.
C’est qu’au fil des années, elles ont su faire preuve d’une imagination sans limite pour rester féminine.
Ainsi les couleurs gaies ont remplacées peu à peu le noir ; le foulard, en glissant centimètre par centimètre, ne recouvre quelquefois plus que le chignon sur lequel il repose, et la tunique (pour cacher l’arrière) est devenue bien trop cintrée pour cacher quoique ce soit.

….et, là je ne parle pas du maquillage (quelque fois un peu extrême à mon goût).

Bref, même après un an ici, je suis encore tout étonné de voir autant de « laisser-aller », notamment dans les rues huppées de Téhéran,…. enfin un attrait à cette ville !!

Pour aller encore plus loin, l’une des dernières modes est de passer entre les mains des chirurgiens esthétiques, principalement pour refaire le nez (pour une raison que j’ignore, elles complexent dessus).
On voit ainsi de plus en plus des jeunes filles (quelques hommes aussi) arborant fièrement leur nouvel appendice nasal. Certaines font même dans l’ostentatoire : plus c’est voyant, mieux c’est !!…malheureusement !

C’est qu’un nez refait est aussi devenu un signe de statut social : il y a celles qui ont pu le faire (mine de rien, c’est que ce n’est pas gratuit tout ça), et celles qui ne le pourront jamais.

Bon, pour finir,… ces dernières ont trouvé la parade : elles portent pendant quelques jours un bout de sparadrap sur le nez (histoire de dire que elles aussi, elles l’ont fait), puis, devant le manque d‘enthousiasme de leurs copines en découvrant ce nouveau nez, expliquent que la modification n’a été que très légère.

Revue de presse

Depuis quelques semaines, je m’efforce de lire la presse officielle iranienne (celle en anglais), histoire de connaître l’actualité du pays dans lequel je vis.
Après chaque séance, je me dis que, vraiment j’ai de la chance d’habiter dans un pays si merveilleux où tout marche parfaitement alors qu’en France, il y a « des fréquentes batailles de rues à mesure que la qualité de vie se dégrade chaque année » (ça c’était pour la France hier, et je vous raconte pas ce qu’ont pris Israël ou les Etats-Unis).

Enfin bon,… ce n’est pas là ou je voulais en venir.

Hier, je suis tombé sur un article dans la rubrique « Société » sur le stress. Je vous le livre tel quel :


http://www.iran-daily.com/1387/3358/html/society.htm

Brièvement en français, ça donne : « les gens qui croient en dieu sont moins sensibles au stress et à l’anxiété. D’après une étude publiée dans une revue psychologique, il y a une différence significative entre le cerveau d’un croyant et celui d’un non croyant ». L’article conclut finalement que les croyants « sont moins stressés quand ils font des erreurs ».

Tout ça m’a laissé perplexe, et je me suis posé toute la nuit plein de questions métaphysiques :
  • Etait ce bien nécessaire d’aller ouvrir des cerveaux rien que pour ça ?
  • Les chercheurs n’ont-ils vraiment que ça à faire (alors que le problème beaucoup plus important de la repousse des cheveux n’est toujours pas résolu) ?
  • Si on avait aussi analysé le cerveau d’un buveur de bières récurrent, celui-ci aurait-il présenté les mêmes symptômes sur l’insensibilité au stress,
Et le plus important :
  • Si les croyants sont moins stressés quand ils font n’importe quoi, cela explique t’il pourquoi les Mollah n’ont aucun remord quant à leur façon de diriger ce pays ?

Commerces de proximité

Quand vous avez besoin d’acheter quelque chose en Iran, vous n’avez quasiment pas d’autres choix que de vous rendre dans une des toutes petites boutiques qui pullulent dans les rues ou dans les bazars.

Leur taille ne dépasse que très rarement la superficie d’une chambre au « Formule 1 », et malgré ça, on arrive à y trouver pratiquement n’importe quoi, même le plus invraisemblable.
C’est que le moindre recoin est utilisé pour y fourrer pêle-mêle le plus de produits possibles (et mieux vaut demander directement au proprio avant d’aller déranger son magasin).

La preuve ? Voici une photo d’une petite papeterie prise à Chiraz.

Bon là, j’avoue,... c‘est un peu un cas extrême.

Administration

Affronter l’administration iranienne peut quelquefois relever de la punition ultime. Heureusement pour moi, la majeure partie des démarches est prise en charge par l’antenne locale de l’entreprise ou je travaille. Tout est transparent,…ou presque.

Peu de temps après mon arrivée, il a fallu quand même récupérer mes affaires personnelles qui m’attendaient aux services des douanes de l'aéroport de Téhéran. Cette fois-ci, pas moyen de se défiler,….

Devant l’immensité de la tâche à accomplir, une personne de l’antenne locale m’accompagna pour me guider dans les dédales officiels et officieux de la douane iranienne. Pour être franc, mon rôle se résuma très vite à le suivre bêtement et à signer là ou il me demandait de signer.

J’aurai du mal à vous expliquer exactement par où et par quoi je suis passé. Imaginez-vous cependant une armée de fonctionnaires dans des bureaux dignes des années 50, racontant qu’ils ne peuvent rien faire tant qu’il n’y a pas le tampon « Truc » sur le formulaire « Machin » qui doit être paraphé par un responsable quelconque (mais qui n’est pas là), ou par son chef hiérarchique (mais peu enclin à stopper sa partie de « solitaire » endiablée sur son PC).

En pratique et en chiffre, ça donne à peu près ça :
  • Première destination, les bureaux d’ « Iran Air » pour connaître l’endroit ou se trouvent les malles : 4 guichets et 30 min après, c'est parti pour...
  • le bâtiment principal des douanes ou se concentrent plusieurs rangées de fonctionnaires. Au bout de 2h00 de palabre, nous savons enfin où sont exactement mes malles. Destination donc le….
  • "Main Warehouse" : course poursuite entre les colis pour être sûr de trouver le bon douanier (celui qui n’est pas trop regardant, mais qui est, comme par hasard, très sollicité aussi). Ca y est, enfin mes malles ! Mais pas question de les prendre, ce n’est que l’inspection. Donc retour au…
  • bâtiment principal. Après 45 min passant de bureau en bureau, on nous donne enfin le bon formulaire pour aller payer les frais de dédouanement dans le…
  • "Public Warehouse". Bon rythme : les guichets défilent à grande vitesse… jusqu’à ce qu’un gars arrive et donne une pile de journaux du jour aux personnels (ce qui a profondément diminué notre rendement). On nous donne plein de nouveaux documents et destination le ….
  • "Main Warehouse" : on nous sort enfin mes 7 malles rapidement mises dans un pick-up loué pour l’occasion. Ca y est, on peut partir pour le…
  • "Control Inspection Dept.", celui qui vérifie que la 15aine de formulaires et bouts de papier en tout genre sont correctement remplis/tamponnés/paraphés.
Bref, après 9 heures et une 20aine de bureaux visités, nous avons enfin pu repartir avec les malles,…malles qui malheureusement se sont avérées ne pas être toutes à moi (les miennes m’attendaient sagement au Brésil….erreur de logistique française).

Y a des jours comme ça….

Bientôt le printemps

Ouch,… en relisant mes 2 derniers articles, je me suis rendu compte que je n’ai pas été très complaisant avec mon pays d’accueil. Alors aujourd’hui, pour éviter de heurter les sensibilités une nouvelle fois, je ferai dans le politiquement correcte,... c’est que j’ai besoin de renouveler mon visa bientôt !

Si, un jour, vous visitez l’Iran, essayez de trouver une petite échoppe avec 3 ou 4 mixeurs en devanture. Il y a en pas mal dans les rues très fréquentées (la "Vali-Asr" à Téhéran par exemple).

Ces petits magasins vendent, entre autres, des jus de fruits frais quand les beaux jours arrivent,… et comme ça redevient le cas en ce moment en Iran,…

Personnellement, je vous conseille TRES, TRES FORTEMENT le jus de melon (mais il y aussi banane, mangues, pastèques,….).

J’en entends déjà dire : Bouaaahh, du melon en jus !!!

Et bien non, c’est vraiment pas mal !!! Perso, j’en ai fait une cure la saison dernière, et je compte bien recommencer cette année.

Ces melons sont cultivés ici (l’Iran est même l’un des plus gros producteurs de ce cucurbitacée). Ils n’ont ni la même forme (plus allongés), ni la même couleur (vert à l’intérieur) que ceux produit en France,... et croyez moi, ils sont surtout bien meilleurs aussi !

Allo la terre, ici Mahmoud

Ca n’a échappé à personne, l’Iran commémore en ce moment même l’anniversaire de la révolution islamique (les 30 ans cette année). Et comme tous les ans, cela s’accompagne d’annonces en tout genre devant illustrer l’avancé du pays. Ce type de déclaration est devenu presque une tradition ici, où le gouvernement et les grands industriels du pays rivalisent d’imagination.

Cette année, entre inaugurations d’hôpitaux ou de complexes sportifs divers, nous avons eu droit au premier satellite iranien envoyé dans l’espace.
Sur sa lancée, le gouvernement a aussi promis un avion furtif en milieu 2009, et, allez, je vous le donne dans le mille,….. un astronaute en 2021 (ça c’était dans le journal « Iran Daily » de la semaine dernière).

Tout cela a, bien sur, permis aux dignitaires du pays de s’enorgueillir de cette réussite, et de prouver, s’il le fallait une nouvelle fois encore, les bienfaits de la révolution islamique,…. bref une bonne grosse opération de propagande sensée détourner l’attention des iraniens de leurs problèmes quotidiens (c’est quand même plus facile d’annoncer ça que de dire qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses, et qu’il va falloir arrêter les subventions sur le riz, l’essence, l’électricité,…..).

Comme pour toutes les annonces iraniennes du moment, cela s’est accompagnée de grands cris d’effroi des chancelleries occidentales qui ont brandi cette fois-ci le spectre de frappes iraniennes,….

Bein voyons !!

On peut mettre beaucoup de choses sur le dos des apparatchiks iraniens, mais pas la folie. Ils ont mis la main sur les richesses du pays il y a 30 ans, et ne vont surtout pas risquer de tout perdre dans un conflit direct avec l’occident, conflit qu’ils savent perdu d’avance malgré leurs discours vindicatifs.

Et puis, mine de rien, ces réactions épidermiques de nos gouvernements ne font qu’alimenter le discours paranoïaque de ce bon vieux Mahmoud. Alors s‘il vous plait, laissez-les s’auto-congratuler devant leur fusée 100% iranienne (au fait merci au nord-Coréen de l‘avoir fourni en parti), de leur satellite 100% iranien (merci aux Russes de l’avoir fabriqué). Tout ça n’est que pure propagande interne,…même les Iraniens (ceux qui ne sont pas au pouvoir) ne sont pas dupes (…enfin pas tous).

Is Iran good ?

Je ne prétends pas être un globe-trotter, mais j’ai quand même trainé mes guêtres dans pas mal de pays ; et comme mon teint d’informaticien blafard ne me permet pas de me fondre dans la masse, je suis souvent accosté par le quidam local en me demandant si ça va, d’où je viens, et puis généralement si je connais Zidane.

Les Iraniens ne dérogent pas à la règle. Même si quelques uns me demandent des nouvelles de Zidane, la troisième question porte beaucoup plus souvent sur ce que je pense de leur pays. Je ne dis pas que ça n’arrive jamais ailleurs, mais l’Iran est bien le seul endroit où l’on m'a demandé ça si souvent et si rapidement dans une discussion…

Cette question « Is Iran Good ? » m’a laissé perplexe au début. Je me demandais même si ce n’était une question piège posée par une police secrète quelconque pour me tester. Et n’ayant pas trop envie de finir au poste pour critique du gouvernement, je répondais sans hésitation « Yes, it’s great »,….puis je m’éclipsais le plus vite possible.

Bien sur, tout ça n’était que pure parano de ma part (à la fréquence où on me posait cette question, il aurait fallu une armée d’agents rien que pour moi,…et comme je n’étais pas un cas isolé,…).

J’ai donc logiquement fini par penser que l’Iranien était juste très curieux de savoir comment est perçu son pays,…

Que nenni…

En fait, si vous avez le malheur d’hésiter ou de répondre « not everyday » (ce qui peut m’arriver après 2 heures de bouchon à Téhéran), votre interlocuteur vous fera une moue pas possible et vous ignorera immédiatement après.

C’est que l’Iranien est fière son pays. Souvent il est même très excessif quand il parle de ses villes, de ses mosquées, de son histoire, de ses poètes,…et quelque fois de lui aussi. Via cette question, il s’attend qu’on abonde en ce sens,… ce qui m’est quelquefois très difficile.

Il faut dire qu’il tend quelquefois la perche, surtout avec le genre de variantes :
  • « Is live in Tehran good ? » : j’hésite : rien n’est effet plus agréable de déambuler à travers la ville, de s’arrêter à une terrasse d’un café, et de profiter du soleil ……Ah bah oui, c’est vrai : à Téhéran, il n’y a pas vraiment de cafés, donc pas de terrasses, de toute façon pas de place pour mettre une terrasse vu que les voitures prennent toute la place, et que de toute façon, il fait bien trop pollué pour, ne serait-ce, penser rester dehors longtemps.
  • « Is Iran better than France ? » : Ben tiens,... j’vais demander à ma femme ce qu’elle en pense, elle qui se fait arrêter de temps en temps par les Pasdarans parce que son manteau est trop court.
  • « Is there such a great place in your country ?» en me baladant au Tang-é Vashi : c’est vrai que Paris, le Mont-Saint Michel, ou les gorges de l’Ardèche, c’est de la gnognotte à côté.

Bref, quelque fois, l’Iranien peut paraître… un peu arrogant.

Enfin,... il a de bons côtés aussi,…